Mathias Coureur

Mathias Coureur – Loin des clichés du football –

Depuis qu’il a quitté la France, Mathias Coureur court, encore et encore. Après un ballon rond, mais aussi un rêve de gosse. Cela fait 10 ans qu’il est footballeur professionnel. Un début classique, du centre de formation havrais au célèbre FC Nantes. Mais il n’est pas titulaire, et « plutôt que d’être payé à ne rien faire, [il] décide de partir ».

Depuis 2010, Mathias Coureur est donc devenu ce qu’on pourrait appeler un exilé footballistique.

D’abord en Espagne. Puis en Bulgarie, au Chemo More Varna. Là, il devient « une légende » : en 2015, il gagne la Coupe de Bulgarie en marquant le but de la victoire. Trois dribbles, un but magnifique, et la foule l’acclame. « Quand je suis parti, les supporters brandissaient une banderole à mon nom ».

Car il est encore parti. « A chaque fois que je change de club, c’est pour monter ». Cette fois, direction le Kazakhstan, une ancienne province soviétique, en Asie centrale. Ce pays, inscrit depuis 2002 à l’UEFA, est en train de devenir une terre de football.

En 2017, Mathias Coureur est recruté au club de Kyzylorda, au Sud du pays, « une ville poussiéreuse où il n’y a rien à faire ».

Vivre loin de chez soi pour atteindre son but, c’est donc ce que nous raconte ce joueur, au mental forgé à l’expatriation, et au parcours atypique.

 

 

Mathias Coureur – Portrait

Mathias Coureur est tout sauf Neymar. Et il le sait. Pourtant, comme tous les gosses, il veut jouer au ballon rond et vivre de sa passion. Alors, Mathias est devenu le meilleur joueur d’une équipe de football au fin fond du monde.

Mais il a fallu passer par des épreuves initiatiques. Une première expatriation en Espagne, où il s’adapte très vite et très bien. Il apprend l’espagnol, lui qui était « trop nul à l’école ». Mais évidemment, un parcours sans embûches ne serait pas une initiation. Tel Candide, il traverse des moments difficiles, loin des inquisitions voltairiennes, mais proches des souffrances du jeune Werther.

Mathias décide alors d’arrêter le football, rompt son contrat avec l’Atletico Baleares et file en Martinique, sa terre natale qu’il connaît à peine. Six mois sans football, à se reconstruire et à s’interroger. Il en profite pour resserrer ses liens familiaux, lui qui avait quitté la maison à 12 ans. Comme il le souligne à maintes reprises, « on n’a pas le choix. On va là où on nous désire ». En 2013, l’équipe de la Martinique dispute la Gold Cup (Championnat d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes) : il est sélectionné, il est désiré, et c’est tout ce qui compte pour lui. Il se remet en selle.

En 2014, Mathias signe au Cherno More Varna, en Bulgarie. Une année plus tard, son destin prend un virage sérieux. Il marque le but de la victoire en finale de la Coupe de Bulgarie. « Je suis devenu une légende là-bas. Quand je suis parti, les supporters brandissaient une banderole à mon nom ». Il goûte alors à la succulence de l’expatriation et à la notoriété en territoire français. Car ce qui motive Mathias, c’est aussi la reconnaissance : « bien que je sois loin de mon pays, je veux que mon pays ne m’oublie pas ».

Ensuite, direction le Kazakhstan, un pays dont il ne connaissait rien. C’est tout juste s’il ne le confondait pas avec l’Afghanistan, un autre pays en « stan ». Avide d’expérience et aussi optimiste que Candide, il signe pour un an. Sans se poser de questions. Aurait-il dû ? « Franchement, au début, je ne savais pas si j’allais rester ». Atterrir à Kyzylorda, c’est comme la fin d’un rêve pour tout voyageur lambda. Mais Mathias ne se laisse pas impressionner par la tristesse des bâtiments et les gens « un peu renfermés sur eux-mêmes ». Il sait pourquoi il est là. Parce qu’on l’a désiré.

Et puis, il y a les hasards qui donnent un petit coup de pouce. Il n’est pas le seul français à Kyzylorda : Abdel Lamanje est arrivé quelques mois plus tôt, de Russie, où il a joué cinq ans. Une aubaine pour Mathias, qui a appris l’espagnol, le bulgare, mais pas encore le Russe. Abdel est devenu son traducteur, son ami, son éclaireur. Mais les deux hommes n’ont pas la même vie. Abdel retrouve tous les soirs « sa petite femme », précise Mathias, un poil jaloux. Lui est célibataire.

Dans son appartement vide où tout rappelle qu’il est en transit, la vie de Mathias n’est pas toujours simple. Les journées sont ponctuées par la seule obligation d’aller aux entraînements quotidiens, deux heures en moyenne, en fin de journée. Le reste du temps, il est libre. Il sort peu, préférant regarder des séries sur son ordinateur portable. Dexter est parmi son top 10, une série qui a fait couler beaucoup d’heures de téléphone avec ses potes.

Mathias a toujours ses oreillettes à portée de main. La plupart du temps, l’une est greffée à l’oreille, et l’autre pendouille de manière désinvolte. Une façon de dire qu’il est là, et en même temps absent. Présent pour vivre des moments intenses de partage, mais si rien ne se passe, il se réfugie dans ses remèdes à la mélancolie.

C’est à partir du vendredi midi que la semaine de Mathias Coureur change de visage. Tous les joueurs se réunissent au club et ne se quittent plus du week-end. L’objectif de cette première année en D1 est de positionner Kyzylorda en milieu de tableau. Le club a mis les moyens : recrutement de joueurs étrangers, salaires attractifs, bonnes conditions de travail. Résultats : des victoires … et des nouvelles tribunes en construction. Au Kazakhstan, traditionnellement plus enclin aux sports de combat, le football commence à faire tourner les têtes. Et Mathias fait son job sur le terrain ; les supporters le lui rendent bien. Dans la vie, il est jovial et positif, s’entend bien avec tout le monde. C’est sa recette pour réussir ses expatriations. « Se sentir accepté, c’est très important pour s’adapter dans un autre pays », confie-t-il.

Sans en avoir pleinement conscience, Mathias Coureur vit la montée en puissance du football kazakhstanais. Un challenge magnifique pour ce joueur, qui a fait de son exil une marque de fabrique. Car malgré toutes les contraintes qu’il faut accepter (mal du pays, routine, solitude), l’expatriation permet « de voir la vie autrement et de se surpasser ».

 

Mathias Coureur – Parcours

Né le 22 mars 1988 – A Fort de France (Martinique) – Enfance à Créteil et Sucy en Brie – 1,78 mètres, 69 kg
Poste : milieu offensif, ailier gauche
Parcours : Formation au Havre (2000-2006) – Premier contrat professionnel à Beauvais (2007-2008).
FC Nantes (2008-2010 avec un prêt à Gueugnon)
Période espagnole D2 – 2010-2014 (Orihuala CF – Atletico Baleares – Huracan Valencia)
– Cherno More Varna, D1 – Bulgarie (2014-2016)
– Dinamo Tbilissi, D1- Georgie (2016)
– Lokomotiv Gorna, D2- Bulgarie (2016)
– FC Kaysar Kyzylorda, D1- Kazakhstan (2017-2018).
Sélection nationale Martinique en 2013 pour la Gold Cup aux USA
Palmares :
– Champion du Groupe 3 de Segunda División B en 2012 avec l’Atletico Baleares
– Vainqueur de la Coupe de Bulgarie en 2015 avec le Cherno Varna.

 


Un grand merci à Mathias Coureur qui m’a accueilli à Kyzylorda, avec une générosité et un enthousiasme sans faille.


Septembre 2017, Kyzylorda, Kazakhstan

 

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